Everyday Omens

Un chat à bord porte-t-il malheur ?

Les marins d’Audierne prétendaient qu’un chat portait malheur au bateau où il se trouvait. Sur la Manche bretonne, ceux qui en croisaient un en partant de nuit rentraient chez eux, et à Dieppe on évitait même de parler de chat à bord.

Ce que cela peut signifier

À terre, le chat vivait au coin du feu et l’on comptait sur lui pour chasser les souris. Une fois sur l’eau, le même animal inquiétait les marins d’Audierne, de Houat ou de la Manche bretonne. Rien n’avait changé chez la bête ; tout avait changé autour d’elle : la mer rend chaque détail lourd de sens, parce que l’on y risque davantage. On reconnaît ce mécanisme dans des situations plus ordinaires (un examen, un départ, un premier jour) : ce qui ne nous dérangerait pas d’habitude devient soudain un présage. Savoir que le contexte grossit les choses aide à les remettre à leur taille.

Selon la façon dont tu l’as vu

Un chat déjà à bord

Les marins d’Audierne prétendaient que le chat portait malheur au bateau dans lequel il se trouvait. Sébillot notait plus largement qu’en Haute-Bretagne le chat et le chien passaient pour porter malchance à ceux qui s’embarquaient pour la pêche.

Un chat croisé en allant au bateau

Les pêcheurs de la Manche bretonne qui rencontraient un chat en sortant la nuit pour aller en mer se hâtaient de rentrer chez eux, de peur de quelque fâcheuse aventure. Ceux de l’île de Houat, dans le Morbihan, n’aimaient pas le voir, même en plein jour.

Un nom à taire sur les barques

Les pêcheurs de Dieppe défendaient de parler de chat sur leurs barques. Comme pour d’autres animaux, prononcer le nom suffisait à inquiéter.

Des chats qui jouent sur le pont

Dans un récit de voyage de 1845, un gabier assurait qu’il se méfiait du temps chaque fois qu’il voyait les chats gambader sur le pont : pour lui, c’était le présage d’un orage ou d’un vent violent.

La femme du marin et les chats

Sur la côte flamande de Belgique, à Heist et à Knokke, tant qu’un homme de la famille était en mer, la femme du pêcheur ne laissait entrer aucun chat dans la maison : il aurait porté malheur.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Pendant des siècles, beaucoup de navires ont embarqué des chats pour chasser les rats et les souris qui s’attaquaient aux vivres et aux cordages. Un chat supporte en général mal l’eau et les mouvements brusques, et un animal agité sur un pont qui tangue attire forcément l’attention de l’équipage.

Ce que disent les croyances populaires

Audierne (Finistère)

Les marins d’Audierne prétendaient que le chat portait malheur au bateau dans lequel il se trouvait.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 99. Voir la page

Manche bretonne

Les pêcheurs de la Manche bretonne se hâtaient de rentrer chez eux, dans la crainte de quelque fâcheuse aventure, s’ils rencontraient un chat en sortant la nuit pour aller en mer.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 99. Voir la page

Île de Houat (Morbihan)

Les pêcheurs de l’île de Houat n’aimaient pas voir un chat, même de jour ; en Haute-Bretagne, le chat et le chien portaient malchance à ceux qui s’embarquaient pour la pêche.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 99. Voir la page

Dieppe (Seine-Inférieure)

Les Dieppois défendaient de parler de chat sur leurs barques.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 97. Voir la page

Marins français (récit de 1845)

Dans un récit de voyage autour du monde publié en 1845, un gabier disait se méfier chaque fois qu’il voyait les chats gambader sur le pont : il y voyait le présage d’un orage ou d’une forte brise.

Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. IV : Les mammifères domestiques, 1re partie (1881), p. 111-112. Voir la page

Marine française (A. Jal)

Eugène Rolland citait l’écrivain de marine A. Jal : tuer le chat du bord portait malheur au bâtiment ; un autre auteur parlait d’un ancien préjugé qui rendait les chats du bord inviolables.

Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. IV : Les mammifères domestiques, 1re partie (1881), p. 113. Voir la page

Heist et Knokke (Belgique)

À Heist et à Knokke, lorsqu’un des leurs était en mer, la femme du pêcheur ne laissait pas entrer les chats dans la maison, car ils auraient porté malheur.

Source : Alfred Harou, « La mer et les eaux, XCIV : Coutumes et superstitions de pêcheurs flamands », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 9. Voir la page

Pour réfléchir

Quelle situation, un départ ou une première fois, te rend plus attentif aux mauvais présages que d’habitude ?