Tuer un chat porte-t-il malheur ?
« On croit généralement que tuer un chat porte malheur », écrivait Eugène Rolland. En Provence, cela valait sept ans de malheur, comme un miroir brisé ; sur les côtes, la femme d’un marin ne devait surtout pas noyer un chat.
Ce que cela peut signifier
On se pose surtout la question après un accident, quand un chat a surgi devant la voiture sans qu’on puisse l’éviter, et l’on en garde un poids sur le cœur. Les croyances anciennes visaient surtout l’acte volontaire, mais elles disent la même chose : on ne fait pas de mal au chat de la maison sans le payer d’une façon ou d’une autre. À Rouvray, plutôt que de tuer un chat dont on voulait se débarrasser, on allait le perdre. L’interdit protégeait un compagnon utile, gardien des greniers. Quand on a fait du tort sans le vouloir, la superstition n’aide guère ; reconnaître ce qui s’est passé, et ce qu’on peut réparer, aide bien davantage.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une croyance très répandue
Vers 1880, Eugène Rolland jugeait la croyance générale : tuer un chat portait malheur. À Rouvray, en Eure-et-Loir, quand on voulait se débarrasser d’un chat, on allait le perdre, parce que le tuer aurait porté malheur. À Nantes aussi, on le croyait.
Sept ans de malheur
En Provence, tuer un chat ou briser un miroir portait malheur pendant sept ans. Au XVIIe siècle déjà, Thiers relevait la croyance selon laquelle tuer un chien ou un chat portait malheur à celui qui le tuait ou à quelqu’un de sa maison.
Sur la côte, le chat et la tempête
Sur les côtes, une femme qui avait son mari ou ses parents en mer devait bien se garder de noyer un chat : le meurtre de cet animal, à bord ou à terre, exposait au mauvais temps.
Remplacer un chat
À Neer-Oeteren, dans le Limbourg belge, celui qui tuait son chat ne parvenait plus à en garder un autre chez lui, à moins de l’acheter au lieu de le recevoir gratuitement.
Une voix contraire
Une version des Évangiles des quenouilles, ce recueil moqueur du XVe siècle, faisait dire à une vieille l’inverse : qui aime son bien et tue son chat tue son mal.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le chat domestique a longtemps été gardé dans les fermes et les maisons pour chasser les souris et les rats qui s’attaquaient aux grains et aux provisions. Perdre le chat de la maison, c’était perdre un auxiliaire précieux, d’où sans doute la protection que lui assuraient ces interdits.
Ce que disent les croyances populaires
France et Rouvray (Eure-et-Loir)
Eugène Rolland notait qu’on croyait généralement que tuer un chat portait malheur ; à Rouvray, quand on voulait se débarrasser d’un chat, on allait le perdre, parce que le tuer aurait porté malheur.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. IV : Les mammifères domestiques, 1re partie (1881), p. 113. Voir la page
Provence
En Provence, tuer un chat ou briser un miroir portait malheur pendant sept ans.
Source : M. Reymond, « Traditions et superstitions de la Provence », Revue des traditions populaires, t. VI (1891), p. 601. Voir la page
France, XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, le curé Thiers rapportait la croyance selon laquelle, quand on tuait un chien ou un chat, cela portait malheur à celui qui le tuait ou à quelqu’un de sa maison.
Source : Jean-Baptiste Thiers et al. (Amsterdam, J. F. Bernard), Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion, t. I (1733), p. 44. Voir la page
Nantes (Loire-Inférieure)
À Nantes, tuer un chat portait malheur.
Source : Mme E. Vaugeois, « Usages et superstitions de Nantes et de la Loire-Inférieure (suite) », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 584. Voir la page
Littoral français
Sur les côtes, une femme qui avait son mari ou ses parents en mer devait bien se garder de noyer un chat : le meurtre de ce félin, à bord ou à terre, exposait au mauvais temps.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. II : La mer et les eaux douces (1905), p. 15. Voir la page
Neer-Oeteren (Limbourg belge)
À Neer-Oeteren, si l’on tuait son chat, on ne parvenait plus à en garder un autre, à moins de le payer avec de l’argent au lieu de le recevoir gratuitement.
Source : Alfred Harou, « Notes sur les traditions et les coutumes de la province de Liège (suite) », Revue des traditions populaires, t. XVII (1902), p. 371. Voir la page
Recueil satirique, XVe siècle
Dans une série des Évangiles des quenouilles, une vieille disait au contraire : qui aime son bien et tue son chat, il tue son mal.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 126. Voir la page
Pour réfléchir
Quand tu as causé du tort sans le vouloir, qu’est-ce qui t’aide à réparer plutôt qu’à ruminer ?