Couper les ongles d’un bébé
Les parents du Loir-et-Cher rognaient les ongles du tout-petit avec les dents jusqu’à ce qu’il parle : coupés avant qu’il ait dit « sel », ils en auraient fait un voleur, croyait-on. En Touraine, les couper lui enlevait l’esprit.
Ce que cela peut signifier
Ces croyances disent surtout une inquiétude de parents. Un tout-petit paraît si fragile que le moindre geste semble pouvoir lui retirer quelque chose : son honnêteté future en Loir-et-Cher, son esprit en Touraine et en Poitou. Les ongles, qui repoussent pourtant, devenaient le symbole de tout ce qu’on craignait d’abîmer. On retrouve cette peur de mal faire dans bien des gestes ordinaires envers quelqu’un qui dépend de nous : un enfant, un parent âgé, un ami en difficulté. La reconnaître aide à l’alléger : le soin n’exige pas la perfection.
Selon la façon dont tu l’as vu
Avant le premier mot
En Loir-et-Cher, les parents rognaient les ongles du petit avec leurs dents jusqu’au jour où il pouvait parler : si on les lui coupait avant qu’il ait dit « sel », il serait, croyait-on, voleur toute sa vie. Les mêmes parents évitaient aussi de le peser ou de le laisser se voir dans la glace.
Rogner l’esprit
Dans les Deux-Sèvres, il ne fallait pas rogner les ongles aux petits enfants, de peur de leur rogner l’esprit. En Touraine aussi, couper les ongles passait pour enlever l’esprit.
Le choix du jour
Près de Dinan, une mère qui coupait les ongles de son enfant le dimanche redoutait, disait-on, de le perdre dans l’année. Le jour choisi pesait aussi lourd que le geste lui-même.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les ongles d’un nouveau-né sont très fins et souples, et ils poussent vite ; ils sont parfois déjà longs à la naissance. Autrefois, les outils de la maison étaient rarement adaptés à des doigts aussi petits, ce qui rendait ce geste délicat et pouvait nourrir les appréhensions.
Ce que disent les croyances populaires
Loir-et-Cher
En Loir-et-Cher, les parents rognaient avec leurs dents les ongles de l’enfant jusqu’au jour où il pouvait parler ; si on les lui coupait avant qu’il ait dit « sel », il serait voleur toute sa vie.
Source : François Houssay, « Coutumes et superstitions du Loir-et-Cher », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 371. Voir la page
Deux-Sèvres (Poitou)
Dans les Deux-Sèvres, il ne fallait pas rogner les ongles aux petits enfants : ce serait s’exposer à leur rogner l’esprit.
Source : R.-M. Lacuve, « Contribution au folk-lore du Poitou (Département des Deux-Sèvres) », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 321. Voir la page
Touraine
En Touraine, il ne fallait pas couper les ongles des petits enfants : couper les ongles enlevait l’esprit.
Source : Jacques Rougé, « Le folk-lore de la Touraine », Revue des traditions populaires, t. XXIII (1908), p. 224. Voir la page
Environs de Dinan
Près de Dinan, on disait que si une femme coupait les ongles de son enfant le dimanche, l’enfant mourrait dans l’année.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 356. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle peur de mal faire s’est glissée dans un geste tout simple que tu accomplis pour une personne qui dépend de toi ?