Everyday Omens

« Jouer avec le feu fait pipi au lit »

« Si tu joues avec le feu, tu feras pipi au lit » : la menace est ancienne. Au XVe siècle déjà, on l’appliquait à celui qui écrivait dans les cendres ; à Marseille, en Poitou et dans le Hainaut, on la répétait aux enfants.

Ce que cela peut signifier

La phrase amusait presque autant qu’elle inquiétait, et c’était sans doute son intérêt. Plutôt que de parler de brûlures, les adultes promettaient une petite honte (mouiller son lit), qui parlait davantage à un enfant. À Marseille, Sébillot l’écrivait sans détour : on le disait pour empêcher les enfants d’approcher de la cheminée. Beaucoup de nos interdits d’enfance fonctionnaient ainsi, avec une conséquence inventée, plus parlante que le vrai danger. On peut s’amuser à retrouver ceux qu’on a reçus, et à se demander ce qu’ils protégeaient réellement.

Selon la façon dont tu l’as vu

Écrire dans les cendres

Dès le XVe siècle, un recueil moqueur, les Évangiles des quenouilles, menaçait d’un lit mouillé ceux qui, assis près du feu, traçaient des lettres dans les cendres du doigt ou d’un bâton, ou qui jouaient avec les flammes.

Jouer avec les tisons

À Marseille, pour empêcher les enfants de s’approcher de la cheminée et de jouer avec le feu, on leur disait qu’ils arroseraient leur lit la nuit ; en Poitou, ils s’y exposaient s’ils jouaient avec des tisons enflammés. Dans le Hainaut, on le disait aussi à l’enfant qui jouait avec le feu.

Les allumettes

À Bressoux, près de Liège, l’enfant qui jouait avec des allumettes ferait, disait-on, pipi au lit lui aussi.

Couper la flamme

On disait aux enfants wallons que couper la flamme avec la main, pour jouer, leur ôterait une année de vie.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Le foyer ouvert était au centre de la maison, à hauteur d’enfant, et les brûlures étaient un danger quotidien. Les adultes ne pouvaient pas surveiller le feu en permanence ; une menace simple, répétée par tout le monde, servait de barrière là où il n’y avait ni pare-feu ni porte vitrée.

Ce que disent les croyances populaires

Recueil satirique, XVe siècle

Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles affirmaient que celui qui, assis au feu, écrivait dans les cendres avec son doigt ou un bâton, ou qui jouait avec le feu, avait mouillé ou mouillerait son lit.

Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 42. Voir la page

Marseille et Poitou

À Marseille, pour empêcher les enfants de s’approcher de la cheminée et de jouer avec le feu, on leur disait qu’ils arroseraient leur lit la nuit ; en Poitou, ils y étaient exposés s’ils jouaient avec des tisons enflammés.

Source : Paul Sébillot, « Mythologie et folk-lore de l’enfance », Revue des traditions populaires, t. XVIII (1903), p. 492. Voir la page

Hainaut (Belgique)

Dans le Hainaut, on disait à l’enfant qui jouait avec du feu qu’il mouillerait son lit.

Source : Alfred Harou, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXVI : En Wallonie », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 252. Voir la page

Bressoux (province de Liège)

À Bressoux, on disait que jouer avec des allumettes faisait mouiller son lit.

Source : Alfred Harou, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXVIII : En Wallonie », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 307. Voir la page

Wallonie (Belgique)

En Wallonie, les enfants apprenaient que s’ils s’amusaient à couper la flamme, ils raccourcissaient leur vie d’un an.

Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 212. Voir la page

Pour réfléchir

Quel interdit de ton enfance reposait sur une conséquence inventée, et que protégeait-il vraiment ?