Effeuiller la marguerite
Effeuiller la marguerite en récitant « il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout » était connu partout. Le dernier pétale donnait la réponse, et chaque région avait sa variante.
Ce que cela peut signifier
La formule est connue de tous, mais elle change d’une région à l’autre, et ces variantes disent beaucoup. Dans la Meuse, on pouvait être aimé « patiemment » ou « en mariage » ; dans les Deux-Sèvres, « par fantaisie » ou « par jalousie » ; à Liège, avec « estime ». Les enfants apprenaient ainsi que l’affection a des degrés et des couleurs, bien au-delà du oui et du non. Mettre des mots précis sur ce qu’on éprouve pour quelqu’un n’est pas si simple. La marguerite, avec sa liste de nuances, offre un petit vocabulaire pour s’y essayer.
Selon la façon dont tu l’as vu
« Il m’aime, un peu, beaucoup… »
Rolland notait la formule « bien connue partout », que certains faisaient précéder de « Reine des prés, dis-moi la vérité ». À Corniéville, dans la Meuse, la liste s’allongeait : « mais guère, patiemment, constamment, de tout son cœur, en mariage, pas du tout ».
« Je me marierai, je ne me marierai pas… »
D’autres formules interrogeaient l’avenir plutôt que le cœur. À Boulogne-sur-Mer, on égrenait « je me marierai, je ne me marierai pas, je me marierai, cette année, l’année prochaine ». En Belgique, on demandait « un jeune, un vieux, un veuf », et à Godarville, « maison, baraque, château ».
Des fleurons lancés en l’air
Dans le Lot, en Indre-et-Loire et dans la Marne, on jetait en l’air les petits fleurons jaunes du cœur pour les rattraper du revers de la main. Autant de fleurons retenus, autant d’années à attendre avant le mariage ; en Belgique ou dans les Ardennes, autant d’enfants à venir.
Un pétale qui se casse en deux
Dans le Nord, la Côte-d’Or et le Cher, quand un pétale se cassait par le milieu au lieu de se détacher entier, c’était qu’on n’avait pas d’amoureux et qu’on coifferait sainte Catherine.
Une épingle dans le cœur de la fleur
En Poitou, en Anjou, en Île-de-France et en Bourgogne, si une fille enfonçait une épingle dans le cœur jaune et que celui-ci se fendait, c’était signe qu’elle n’était pas aimée ou qu’on la trompait. Près de Valence, dans la Drôme, une fleur sans pétales traversée d’une épingle servait au contraire de déclaration d’amour.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les « pétales » de la marguerite sont en réalité de petites fleurs ligulées, une vingtaine à une trentaine selon les capitules. Leur nombre varie d’une fleur à l’autre, si bien que le résultat n’est jamais connu d’avance. Le cœur jaune est fait de centaines de fleurs minuscules serrées les unes contre les autres.
Ce que disent les croyances populaires
France (« partout »)
Selon Rolland, garçons et filles effeuillaient la marguerite pour savoir la vérité sur leurs amourettes, le dernier pétale détaché donnant la réponse, en récitant la formule « bien connue partout » : « Il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. »
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 52. Voir la page
Meuse, Deux-Sèvres, Liège
Les variantes locales allongeaient la liste : « mais guère, patiemment, constamment, de tout son cœur, en mariage » à Corniéville, dans la Meuse ; « par amour, par fantaisie, par jalousie » dans les Deux-Sèvres ; « estime, amour, adoration » à Liège.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 52. Voir la page
Boulogne-sur-Mer et Belgique
À Boulogne-sur-Mer, on effeuillait la marguerite en disant : « Je me marierai, je ne me marierai pas, je me marierai, cette année, l’année prochaine » ; en Belgique : « Un jeune, un vieux, un veuf » ; à Godarville : « Maison, baraque, château ».
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 53. Voir la page
Lot, Indre-et-Loire, Marne
Dans le Lot, en Indre-et-Loire et dans la Marne, on lançait en l’air les fleurons jaunes du cœur et on les laissait retomber sur le revers de la main : autant de fleurons retenus, autant d’années à attendre avant de se marier.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 53. Voir la page
Belgique, Ardennes, Haute-Saône, Marne
En Belgique, dans les Ardennes, la Haute-Saône, la Marne et le Maine-et-Loire, les fleurons retenus sur la main annonçaient plutôt le nombre d’enfants qu’on aurait.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 53. Voir la page
Nord, Côte-d’Or, Cher
Dans le Nord, la Côte-d’Or et le Cher, si un pétale arraché se cassait par le milieu, c’était que la fille n’avait pas d’amoureux et qu’elle coifferait sainte Catherine.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 54. Voir la page
Poitou, Anjou, Île-de-France, Bourgogne
En Poitou, en Anjou, en Île-de-France et en Bourgogne, si une fille enfonçait une épingle dans le cœur jaune de la marguerite et qu’il se fendait ou s’émiettait, c’était qu’elle n’était pas aimée ou qu’on la trompait.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 54. Voir la page
Pour réfléchir
Comment décrirais-tu, avec tes propres mots, la façon dont tu tiens à quelqu’un de proche ?