Croiser un prêtre le matin
Croiser un prêtre le matin portait malheur, notait Eugène Rolland en 1879, et le préjugé était déjà combattu au XIIIe siècle. Chasseurs et pêcheurs le redoutaient surtout avant de partir. Toucher du fer passait pour en protéger.
Ce que cela peut signifier
L’homme qui bénissait les maisons passait, sur la route, pour porter malheur. Au XIIIe siècle, un prédicateur s’en prenait déjà aux gens qui se signaient en voyant un prêtre, et la croyance restait courante vers 1900 dans les Vosges comme en Wallonie. Elle visait surtout ceux qui partaient pour une entreprise incertaine. En Gironde et près de Metz, le chasseur qui rencontrait d’abord un curé ne tuerait, disait-on, aucun gibier ; dans l’Aube, le pêcheur ne prendrait rien. On peut y lire une nervosité très ordinaire. Avant un essai dont l’issue est douteuse, le regard d’une figure grave, qui fait penser aux bilans et aux jugements, pèse plus que d’habitude. Certaines choses se commencent plus facilement sans témoin.
Selon la façon dont tu l’as vu
Toucher du fer
Pour se préserver, on touchait aussitôt un objet en fer ; en Wallonie, la parade n’était efficace que si on la faisait avant d’avoir perdu de vue la soutane noire. Le geste rapide rendait sa tranquillité à celui qui partait.
Trois prêtres à la fois
En Saintonge, voir trois prêtres à la fois était un mauvais présage. Sébillot notait aussi qu’on ne s’accordait pas sur le danger : pour les uns, la rencontre était funeste à toute heure, pour d’autres seulement si le prêtre passait à gauche.
Avant la chasse ou la pêche
Au XVIIe siècle, on signalait déjà en Basse-Bretagne la crainte de manquer sa chasse après avoir rencontré un homme d’Église. Les pêcheurs de Dieppe et de Saint-Malo interdisaient même de prononcer le mot « prêtre » en mer.
Une évidence au XIXe siècle
En 1879, Eugène Rolland notait encore, comme une évidence, que croiser un prêtre le matin portait malheur. Le curé Thiers, deux siècles plus tôt, comptait déjà cette rencontre parmi les superstitions qu’il dénonçait.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Ces croyances appartiennent aux présages de rencontre, très répandus dans les campagnes : la première personne ou le premier animal croisé en sortant passait pour donner le ton de la journée. Sébillot remarquait que ce préjugé contre les prêtres n’existait pas seulement dans le peuple.
Ce que disent les croyances populaires
France, XIIIe et XVIIe siècles
Au XIIIe siècle, un prédicateur s’élevait contre les gens qui se signaient à la vue d’un prêtre, considérant que la rencontre était de mauvais augure ; au XVIIe siècle, il devait arriver malheur à celui qui en rencontrait un sur sa route.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. IV : Le peuple et l’histoire (1907), p. 236. Voir la page
Vosges et Wallonie
Vers 1900, cette superstition était courante dans les Vosges, ainsi qu’en d’autres pays de France ; on s’en préservait en touchant aussitôt un objet en fer, et en Wallonie il fallait le faire avant de perdre de vue la soutane noire.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. IV : Le peuple et l’histoire (1907), p. 236. Voir la page
Saintonge
En Saintonge, voir trois prêtres à la fois était un mauvais présage.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. IV : Le peuple et l’histoire (1907), p. 236. Voir la page
Gironde, pays messin, Aube
En Gironde et aux environs de Metz, si la première personne qui se présentait aux chasseurs était un curé, ils ne tueraient aucun gibier ; dans l’Aube, les pêcheurs ne prendraient pas de poisson.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. IV : Le peuple et l’histoire (1907), p. 237. Voir la page
Dieppe et Saint-Malo
Les pêcheurs de Dieppe et ceux de Saint-Malo interdisaient de prononcer le nom du prêtre en mer.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. IV : Le peuple et l’histoire (1907), p. 237. Voir la page
France, XIXe siècle
Eugène Rolland écrivait en 1879 : « L’on sait que la rencontre d’un prêtre, le matin, porte malheur. »
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. II : Les oiseaux sauvages (1879), p. 117. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle tâche préfères-tu commencer sans témoin, et qu’est-ce que le regard des autres y changerait ?