Les feux de la Saint-Jean
Des feux de la Saint-Jean, chacun rapportait un tison, rangé jusqu’à l’été suivant : à Saint-Cast, on lui demandait de protéger du tonnerre. Dans la Vienne, celui qui y jetait la plus grosse pierre aurait, croyait-on, les plus gros navets.
Ce que cela peut signifier
Autour de la nuit la plus courte de l’année, tout le village se retrouvait devant le même brasier. La fête ne s’arrêtait pourtant pas aux flammes : chacun repartait avec un tison ou une poignée de braise, et ce petit reste, rangé dans la maison, servait des mois plus tard, quand l’orage menaçait. Les usages variaient d’un pays à l’autre (pierres jetées pour les navets en Touraine, sauts à pieds joints dans le Gers), mais l’idée du morceau rapporté chez soi revient partout. Les bons moments passés ensemble fonctionnent un peu de la même façon : on en garde une braise, un souvenir, une phrase, qu’on ressort seul les jours où le temps se gâte.
Selon la façon dont tu l’as vu
Rapporter un tison
À Saint-Cast, on revenait des deux feux de juin, Saint-Jean puis Saint-Pierre, avec des tisons, et quand il tonnait on leur disait : « Tisons de Saint-Jean et de Saint-Pierre, garde-nous du tonnerre. » En Haute-Bretagne, on en jetait aussi dans les puits pour rendre l’eau meilleure. Dans le Gers, on rallumait le tison quand la grêle menaçait.
Jeter une pierre dans le feu
Dans la Vienne, celui qui jetait la plus grosse pierre dans le feu récolterait, disait-on, les plus gros navets, et les ménagères de Touraine lançaient des pierres dans les cendres chaudes pour la même raison. Dans quelques communes tourangelles, on lançait aussi de la braise vers les quatre points cardinaux, en nommant ses champs un à un.
Sauter par-dessus les braises
Près de Dinan, quand il ne restait plus que des tisons, on s’amusait à sauter par-dessus le feu. Le paysan gascon du Gers le franchissait à pieds joints, si ses forces le lui permettaient, pour garder la jambe leste toute l’année.
Trois tours en silence
Dans quelques paroisses de Basse-Bretagne, quand le feu avait fini de flamber, on en faisait trois fois le tour en silence, puis chacun y jetait un caillou. Les morts, disait-on, venaient s’y asseoir pour se chauffer, et le lendemain on examinait les pierres pour en tirer un présage sur l’année.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Ces feux s’allument la veille du 24 juin, juste après le solstice d’été, quand les nuits sont les plus courtes de l’année. Un grand feu de bois laisse des braises qui restent chaudes pendant des heures, d’où les jeux et les usages autour des cendres jusqu’au lendemain matin. Un tison éteint et bien sec se conserve longtemps.
Ce que disent les croyances populaires
Saint-Cast (Haute-Bretagne)
À Saint-Cast, on rapportait des tisons des feux de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre, et quand il tonnait on leur disait : « Tisons de Saint-Jean et de Saint-Pierre, garde-nous du tonnerre. » Sébillot ajoutait que la vertu protectrice des tisons était connue dans toute la France.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 194. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on jetait aussi des tisons de la Saint-Jean dans les puits pour rendre l’eau meilleure.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 195. Voir la page
Environs de Dinan
Près de Dinan, quand il ne restait plus que des tisons, on s’amusait à sauter par-dessus le feu.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 194. Voir la page
Vienne et Touraine
Dans la Vienne, celui qui jetait la plus grosse pierre dans le feu de la Saint-Jean récolterait les plus gros navets ; les ménagères de Touraine lançaient des pierres dans ses cendres chaudes dans la même intention.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 460. Voir la page
Touraine
Dans quelques communes de Touraine, quand le feu était tombé, quelqu’un prenait de la braise dans une pelle et la jetait vers les quatre points cardinaux en disant : « Ceci est pour mon champ de tel endroit ! »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 460. Voir la page
Gers
Le Gascon du Gers sautait le brasier du 23 juin à pieds joints pour garder la jambe leste ; il gardait soigneusement un tison qu’il allumait en temps d’orage pour se préserver de la grêle.
Source : Mazeret, « Superstitions gersoises (département du Gers) », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 448. Voir la page
Basse-Bretagne
Dans quelques paroisses de Basse-Bretagne, après le feu, on en faisait trois fois le tour en silence et chacun y jetait un caillou ; les morts venaient s’y asseoir pour se chauffer, et celui dont le caillou était retourné le lendemain mourrait dans l’année, disait-on.
Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 160. Voir la page
Pour réfléchir
Qu’as-tu rapporté d’un beau moment partagé, et quand le ressors-tu ?