Montrer du doigt l’arc-en-ciel
En Auvergne, on évitait soigneusement de montrer l’arc-en-ciel avec le doigt. En Picardie, le doigt tendu vers lui risquait d’être coupé, et en Wallonie comme dans les Vosges, il y venait, disait-on, un panaris.
Ce que cela peut signifier
Le premier réflexe devant un arc-en-ciel est de le montrer du doigt à ceux qui sont à côté. C’est précisément ce geste que les campagnes interdisaient, en Auvergne, en Picardie, en Wallonie ou dans les Vosges. On pouvait regarder, admirer, nommer l’arc « Jarretière du bon Dieu », mais pas le désigner du doigt. En français, l’expression a gardé un sens fort : montrer quelqu’un du doigt, c’est le mettre à part, voire l’accuser. L’interdit invite à se demander ce qu’on désigne ainsi autour de soi, et ce que ce geste fait à ce qui est montré.
Selon la façon dont tu l’as vu
Le doigt qui tomberait
Un Picard ne tendait jamais le bout du doigt vers l’arc-en-ciel : ce doigt, croyait-on, serait coupé et tomberait aussitôt. Dans certaines campagnes picardes, on appelait l’arc-en-ciel « Porte de saint Jacques ».
Un panaris pour punition
Les Wallons et les Vosgiens prévenaient : qui pointait le doigt vers l’arc-en-ciel risquait un panaris. La punition visait précisément le doigt fautif.
La jarretière du bon Dieu
En Limagne, on appelait l’arc-en-ciel la Jarretière du bon Dieu, et les enfants de la campagne la Jarretière de la Sainte Vierge ; il ne fallait pas le montrer du doigt.
Montrer l’orage
Dans le Bocage normand, ce n’était pas l’arc mais l’orage qu’il ne fallait pas montrer : en le désignant du doigt, on s’exposait à être foudroyé. En Provence, dire que le ciel était noir portait aussi malheur.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Un arc-en-ciel n’a pas de position fixe : il apparaît du côté opposé au soleil, là où la lumière se réfléchit dans les gouttes de pluie, et chaque observateur voit le sien. Il se déplace avec celui qui le regarde, si bien qu’on ne peut ni s’en approcher ni le toucher, seulement le désigner.
Ce que disent les croyances populaires
Auvergne, Picardie, Wallonie, Vosges
En Auvergne, il fallait se garder de désigner l’arc-en-ciel avec le doigt ; en Picardie, le doigt qu’on étendait vers lui pouvait être coupé ; en Wallonie et dans les Vosges, il y venait un panaris.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 93. Voir la page
Bocage normand
Dans le Bocage normand, en montrant l’orage avec le doigt, on s’exposait à être foudroyé.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 93. Voir la page
Picardie (Vimeu)
En Picardie, il ne fallait jamais montrer l’arc-en-ciel du bout du doigt, car ce doigt serait coupé et tomberait immédiatement ; dans certaines campagnes, on l’appelait « Porte de saint Jacques ».
Source : A. Bout (communication d’Adrien Huguet), « Le folk-lore de la Picardie, VIII : Les météores », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 397. Voir la page
Limagne (Auvergne)
En Limagne, on appelait l’arc-en-ciel la Jarretière du bon Dieu, et il ne fallait pas le montrer du doigt ; les enfants de la campagne l’appelaient la Jarretière de la Sainte Vierge.
Source : Dr F. Pommerol, « Folk-lore de l’Auvergne, II », Revue des traditions populaires, t. XII (1897), p. 553. Voir la page
Provence
En Provence, dire que le ciel était noir portait malheur ; en temps d’orage, une voix inconnue pouvait répondre : « C’est ton âme qui est noire. »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 93. Voir la page
Pour réfléchir
Qui ou quoi as-tu récemment montré du doigt, pour de vrai ou en paroles, et qu’en est-il resté ?