Le millepertuis de la Saint-Jean
Le millepertuis cueilli dans la nuit du 23 au 24 juin protégeait, croyait-on un peu partout, de la sorcellerie. Dans le Gard, un bouquet de millepertuis et de menthe placé bien en vue suffisait, disait-on, à faire reculer les sorciers.
Ce que cela peut signifier
Dans le Gard, on ne cachait pas le bouquet de millepertuis et de menthe cueilli le 23 juin : on le plaçait à l’endroit le plus en vue de la maison. Sa force tenait à ce qu’on le voie. Les sorciers, disait-on, le reconnaissaient aussitôt et s’avouaient pris. En Languedoc, les croix de millepertuis s’accrochaient de même aux portes, chez les gens comme chez les bêtes. Une limite claire, affichée là où tout le monde peut la voir, évite nombre de discussions. Ce qui protège n’est pas toujours ce qui se défend, mais ce qui se montre sans détour.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un bouquet à l’endroit le plus visible
Dans le Gard, un bouquet de millepertuis et de menthe cueilli le 23 juin, placé à l’endroit le plus en vue de la maison, la gardait, croyait-on, des sorts : les sorciers avouaient alors qu’on les avait attrapés.
Passé trois fois dans le feu
En Languedoc, les branches de millepertuis traversaient trois fois les flammes allumées pour la fête, avant de devenir des croix clouées aux portes des logis et des étables. En Dordogne, on conservait les bouquets douze mois, puis on les rendait au brasier de l’année suivante.
Une feuille vue en transparence
À Naintré, près de Châtellerault, on prenait au hasard une feuille de millepertuis pour savoir combien d’enfants on aurait : autant de petits trous, autant d’enfants.
Sauter par-dessus la plante
En Ariège, sauter par-dessus le millepertuis au matin du 24 juin assurait, selon un dicton, un prompt mariage.
Une brindille au feu pendant l’orage
En Wallonie, un bouquet de millepertuis béni restait gardé d’une Assomption à l’autre, et quand il tonnait on en jetait une brindille dans le feu pour éloigner la foudre.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le millepertuis perforé est une plante sauvage aux fleurs jaunes, très commune au bord des chemins, qui fleurit en juin, autour de la Saint-Jean. Ses feuilles, regardées à contre-jour, paraissent percées de mille petits trous : ce sont des poches d’huile translucides. Ses fleurs écrasées tachent les doigts de rouge.
Ce que disent les croyances populaires
France (croyance générale)
Eugène Rolland notait qu’on croyait généralement que le millepertuis cueilli pendant la nuit de la fête de saint Jean préservait de la sorcellerie, et c’est pourquoi on le surnommait herbe de Saint-Jean.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 179. Voir la page
Languedoc
En Languedoc, on faisait passer trois fois dans les flammes du feu de la Saint-Jean des branches de millepertuis cueillies le jour même, puis on en formait des croix qu’on attachait aux portes des maisons et des étables contre tout maléfice.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 179. Voir la page
Dordogne
En Dordogne, on faisait la même cérémonie ; les bouquets étaient gardés précieusement et jetés au feu de la Saint-Jean de l’année suivante.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 179. Voir la page
Gard
Dans le Gard, un bouquet de millepertuis et de menthe cueilli la veille de la Saint-Jean et placé à l’endroit le plus en vue de la maison la préservait des maléfices ; les sorciers disaient alors qu’on les avait attrapés.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 179. Voir la page
Wallonie (Belgique)
En Wallonie, un bouquet de millepertuis béni à l’Assomption se conservait jusqu’à l’année suivante ; on en jetait une brindille au feu quand il tonnait, pour éloigner la foudre.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 179. Voir la page
Naintré (Vienne)
À Naintré, pour savoir combien on aurait d’enfants, on prenait au hasard une feuille de millepertuis : autant de trous, autant d’enfants.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 181. Voir la page
Ariège
En Ariège, un dicton assurait que la jeune fille qui sautait le millepertuis le matin du 24 juin serait mariée avant un an.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. III (1900), p. 181. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle limite gagnerais-tu à afficher clairement plutôt qu’à défendre au coup par coup ?