Se regarder dans un miroir la nuit
Se mirer dans la glace quand la nuit est tombée, c’était risquer d’y voir le diable par-dessus son épaule, disait-on à Saint-Brieuc. À Quimper et à Menton, on y cherchait au contraire, à minuit, le visage de son futur époux.
Ce que cela peut signifier
Le miroir de nuit inquiétait parce qu’on ne savait jamais très bien qui l’on allait y voir. Les uns redoutaient d’y voir surgir le diable, les autres attendaient à minuit le visage d’un fiancé encore inconnu. Dans les deux cas, on espérait trouver dans la glace autre chose que soi. Les mises en garde visaient surtout les coquettes et les enfants qui s’y attardaient trop. S’arrêter devant un miroir n’a rien de dangereux. On peut seulement se demander ce qu’on y guette : une approbation, ou simplement un visage familier avant d’éteindre la lumière.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un miroir dans une chambre sombre
À Saint-Brieuc, la femme qui se regardait dans son miroir après le soleil couché y voyait, assurait-on, le diable derrière elle, par-dessus son épaule. Au XVe siècle déjà, les Évangiles des quenouilles prévenaient que celui qui se mirait de nuit n’en deviendrait pas plus beau, mais plus laid. De quoi décourager les longues stations devant la glace, à la lueur d’une chandelle.
Un miroir consulté à minuit
À Quimper, un premier vendredi du mois, la jeune fille curieuse de son avenir glissait sous son oreiller une tige de chèvrefeuille et une glace, disait une prière, puis regardait la glace à minuit pour y voir le portrait de son futur mari. Dans le Mentonnais, le miroir sous l’oreiller suffisait.
Se regarder un peu trop longtemps
En Picardie, pour corriger une jeune fille coquette qui passait trop de temps devant la glace, on lui faisait croire qu’elle finirait par y voir le diable. En Haute-Bretagne, on lançait à celui qui s’admirait : « Le diable est dans la glace. »
Un tout-petit devant le miroir
En Touraine, on ne devait jamais faire regarder un petit enfant dans une glace. À Liège, on disait aux enfants qui se miraient que le diable viendrait leur tirer les cheveux.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Dans une pièce peu éclairée, la glace renvoie une image sombre et floue, et l’œil complète ce qu’il distingue mal. Fixer longtemps son reflet dans la pénombre peut même donner l’impression que le visage se déforme : c’est un effet connu de la vision quand les contrastes sont faibles.
Ce que disent les croyances populaires
Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord)
À Saint-Brieuc, on assurait que la femme qui se regardait dans son miroir après le soleil couché y voyait le diable derrière elle, par-dessus son épaule.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 139. Voir la page
Quimper (Finistère)
À Quimper, le premier vendredi du mois, on mettait sous son oreiller une tige de chèvrefeuille et une glace, on disait une prière, et à minuit on regardait dans la glace pour voir le portrait de son futur mari.
Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 198-199. Voir la page
Mentonnais (Alpes-Maritimes)
Dans le Mentonnais, si l’on plaçait un miroir sous son oreiller et qu’on le regardait à minuit, on y voyait son futur époux.
Source : J. B. Andrews, « Traditions, superstitions et coutumes du Mentonnais », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 115. Voir la page
Picardie
En Picardie, quand une jeune fille coquette se regardait trop souvent dans une glace, on lui faisait croire, pour la corriger, qu’elle finirait par y voir apparaître le diable.
Source : A. Bout, « Le folk-lore de la Picardie, V : Coutumes et superstitions », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 145. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, si quelqu’un se regardait avec complaisance dans un miroir, on lui disait : « Le diable est dans la glace. »
Source : Paul Sébillot, « Additions aux coutumes, traditions et superstitions de la Haute-Bretagne », Revue des traditions populaires, t. VII (1892), p. 103. Voir la page
Liège (Belgique)
À Liège, on disait aux enfants qui se miraient que le diable viendrait les tirer par les cheveux, ou qu’ils le verraient.
Source : Alfred Harou, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXVIII : En Wallonie », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 307. Voir la page
Touraine
En Touraine, on ne devait jamais faire regarder un petit enfant dans une glace.
Source : Jacques Rougé, « Le folk-lore de la Touraine », Revue des traditions populaires, t. XXIII (1908), p. 225. Voir la page
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles affirmaient que celui qui se regardait dans un miroir la nuit y voyait le Malin, et qu’il n’en devenait pas plus beau, mais plus laid.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 64. Voir la page
Pour réfléchir
Le soir, devant ton reflet, quel regard portes-tu sur toi : bienveillant ou sévère ?