Quand il grêle
Une grêle qui hachait les récoltes trouvait vite un coupable : en 1640, les paysans du Dijonnais accusèrent les sorciers. Dans le Maine et en Gironde, on mettait le premier grêlon dans l’eau bénite.
Ce que cela peut signifier
Une averse de grêle passe en quelques minutes, et elle peut pourtant hacher une vigne ou un champ de blé presque mûr. Devant un dégât aussi brutal, les campagnes cherchaient presque toujours un responsable : un sorcier caché dans la nuée, un curé qui la dirigeait, un berger qui se vengeait d’un voisin. En Armagnac, on soupçonnait même le prêtre dont la paroisse n’avait pas été grêlée depuis trente ans. Quand un coup dur tombe sans prévenir, l’envie de lui trouver un auteur est forte, car un coupable rend le malheur plus compréhensible. Il arrive aussi qu’il n’y ait personne à accuser, seulement un nuage qui passait.
Selon la façon dont tu l’as vu
Le premier grêlon
Dans le Maine et en Gironde, on ramassait le premier grêlon tombé et on le mettait dans l’eau bénite, pour détourner la grêle des récoltes. Dans le Gers, on jetait au feu trois grêlons, puis sept si l’orage continuait.
Un ciel rouge pendant l’orage
Au Perche, si le ciel devenait rouge pendant l’orage, on s’attendait à la grêle. On y mesurait les grêlons avec des images familières : gros comme des œufs de pigeon, ou comme des noix.
La grêle de la Saint-Germain
Dans la vallée de la Loue, en Franche-Comté, les vignes étaient fréquemment grêlées vers le 31 juillet. On disait : « Priez pour qu’à la Saint-Germain le bon Dieu ne soit pas parrain », c’est-à-dire qu’il ne jette pas de grêlons sur les récoltes comme les parrains lancent des dragées.
Une comptine pour la chasser
En Berry, les enfants chantaient « La pluie, la grêle, va-t’en par Amboise, beau temps joli, viens par ici ». Dans le Hainaut, ils demandaient à « grand-mère » de protéger les prunes.
Deux curés pour un nuage
Dans l’Eure et dans l’Orne, on prêtait au curé le pouvoir de monter dans les nuages et de faire tomber la grêle sur les champs de ceux qu’il voulait punir. Vers 1835, on racontait dans l’Ain que deux curés de paroisses voisines avaient été vus se disputant un nuage de grêle.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La grêle naît dans les gros nuages d’orage, où de puissants courants d’air emportent les gouttes bien au-dessus du niveau où l’eau gèle. Les grêlons y grossissent couche après couche, en montant et en descendant, jusqu’à devenir trop lourds pour être portés. Les averses de grêle sont brèves et très localisées : un champ peut être haché et le champ voisin épargné.
Ce que disent les croyances populaires
Dijonnais (Côte-d’Or)
En 1640, la gelée et la grêle ayant gâté les fruits, les paysans du Dijonnais attribuèrent ce malheur aux sorciers.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 99. Voir la page
Eure et Orne
Dans l’Eure et dans l’Orne, on disait que le curé de la paroisse pouvait, avec certaines formules, s’élever dans les nuages et faire tomber la grêle sur les champs de ceux qu’il voulait punir.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 100. Voir la page
Ain
Vers 1835, on racontait dans l’Ain que les curés de deux paroisses voisines avaient été vus se disputant un nuage de grêle.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 100. Voir la page
Armagnac
En Armagnac, un prêtre passait pour sorcier parce que, pendant plus de trente ans, il n’avait pas grêlé dans sa paroisse : on avait vu des nuées se diviser au-dessus et aller ravager les coteaux voisins.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 109. Voir la page
Maine et Gironde
Les campagnards du Maine et de la Gironde ramassaient le premier grêlon qu’ils voyaient tomber et le plaçaient dans l’eau bénite pour éloigner la grêle.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 111. Voir la page
Vallée de la Loue (Franche-Comté)
Dans la vallée de la Loue, les vignes étant souvent grêlées à la Saint-Germain, le 31 juillet, on disait : « Priez pour qu’à la Saint-Germain le bon Dieu ne soit pas parrain », pour qu’il ne jette pas de grêlons comme les parrains jettent des dragées.
Source : Charles Beauquier, « Les mois en Franche-Comté », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 445. Voir la page
Perche
Au Perche, si le ciel était rouge pendant l’orage, c’était de la grêle.
Source : Filleul Petigny, « Les météores, XL : Au Perche », Revue des traditions populaires, t. XXIII (1908), p. 276. Voir la page
Berry
En Berry, les enfants chantaient pour éloigner la grêle : « La pluie, la grêle, va-t’en par Amboise, beau temps joli, viens par ici. »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 111. Voir la page
Gers
Dans le Gers, quand la grêle commençait, on jetait trois grêlons dans le feu, puis sept si le mauvais temps continuait, et l’on tirait un coup de fusil vers les nuages.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 111. Voir la page
Hainaut (Belgique)
Dans le Hainaut, quand il grêlait, les enfants demandaient dans une comptine à « grand’mère » de protéger leurs prunes.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 111. Voir la page
Basse-Normandie
En Basse-Normandie, on racontait qu’un chasseur avait tiré sur une nuée noire et qu’un berger était tombé à ses pieds : c’était lui qui avait fait la grêle pour se venger de son voisin.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 111. Voir la page
Pour réfléchir
Quand un coup dur arrive sans prévenir, vers qui ou vers quoi te tournes-tu d’abord pour l’expliquer ?