La feuille de laurier dans l’assiette
À Paris, quand on servait un ragoût et que la feuille de laurier tombait par hasard dans l’assiette d’une jeune fille, on lui promettait un mariage. En Ille-et-Vilaine, glissé sous l’oreiller, le laurier faisait voir en rêve le futur époux.
Ce que cela peut signifier
Le laurier compte parmi les plantes les plus familières de la maison. Un arbuste pousse près de la porte, et ses feuilles finissent dans le pot-au-feu. Les familles l’avaient mêlé aux grands moments, des fiançailles à l’orage et jusqu’au deuil, puisqu’on allait lui annoncer la mort du maître. Les plantes que l’on côtoie chaque jour finissent par faire partie du foyer. On remarque leur santé comme celle d’un proche, et l’on s’inquiète quand elles déclinent. Elles disent quelque chose de la manière dont on habite un lieu.
Selon la façon dont tu l’as vu
La feuille de laurier dans ton assiette
À Paris, lorsqu’en servant un ragoût on donnait sans y penser la feuille de laurier à une jeune fille, on y voyait des noces prochaines. Le détail comptait : la feuille devait arriver « sans y penser », par un pur hasard de la louche.
Une feuille sous l’oreiller
Les jeunes filles d’Ille-et-Vilaine glissaient sous leur oreiller, sans parler à personne, une feuille de laurier palme, dans l’espoir de rêver de leur futur époux ; dans quelques communes, il en fallait trois, la veille des Rois. À Nantes, chaque premier vendredi du mois, certaines plaçaient sous le traversin une glace portant une croix de feuilles de laurier.
Une branche de laurier bénit
Dans le centre des Côtes-du-Nord, les paysans qui portaient sur leur chapeau une branche de laurier bénit pensaient pouvoir se promener sous l’orage en toute sécurité. Dans le Gers, le paysan plaçait une branche bénite dans l’étable, l’écurie ou la bergerie pour garantir ses bêtes des sorts.
Le laurier du jardin
Dans quelques villages vosgiens, quand le maître de maison mourait, on allait secouer légèrement le laurier en lui disant : « Votre maître est mort, vous changez de maître. » Cette précaution l’empêchait, croyait-on, de sécher, et l’on lui faisait parfois porter le deuil.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le laurier-sauce est un arbuste méditerranéen au feuillage persistant ; ses feuilles, riches en huiles parfumées, supportent longtemps la cuisson. On le cueille, on le fait sécher, et une feuille entière reste dans le plat sans se défaire, d’où le hasard qui l’envoie dans une assiette plutôt que dans une autre.
Ce que disent les croyances populaires
Paris
À Paris, lorsqu’en servant un ragoût on donnait sans y penser à une jeune fille la feuille de laurier, c’était un présage de mariage.
Source : P. Guyot-Daubès, « Miettes de folk-lore parisien, XXXI », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 479. Voir la page
Ille-et-Vilaine
En Ille-et-Vilaine, après avoir récité un Pater et un Ave, on posait sous son oreiller, sans parler à personne, une feuille de laurier palme pour voir son futur ; dans quelques communes, on y mettait trois feuilles de laurier la veille des Rois, en récitant une rimette.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 398. Voir la page
Nantes (Loire-Inférieure)
À Nantes, pour voir leur futur, certaines personnes plaçaient en se couchant, le premier vendredi du mois, sous leur traversin ou leur matelas une glace portant une croix formée de feuilles de laurier.
Source : Mme E. Vaugeois, « Usages et superstitions de Nantes et de la Loire-Inférieure (suite) », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 583. Voir la page
Côtes-du-Nord et Vivarais
Au centre des Côtes-du-Nord, les paysans croyaient que s’ils avaient sur leur chapeau une branche de laurier bénit, ils pouvaient se promener sous l’orage en toute sécurité ; dans le Vivarais, le laurier brûlé préservait la maison.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 383. Voir la page
Gers
Dans le Gers, pour garantir les animaux des sorts, le paysan plaçait dans l’étable, l’écurie ou la bergerie une branche de laurier bénit.
Source : Mazeret, « Superstitions gersoises (département du Gers) », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 446. Voir la page
Vosges
En quelques localités des Vosges, on avertissait le laurier de la mort du maître du logis en le secouant légèrement et en lui disant : « Votre maître est mort, vous changez de maître » ; cette précaution l’empêchait de sécher.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 375. Voir la page
Pour réfléchir
Quelles plantes ou quels animaux de ta maison comptent assez pour que tu remarques leur moindre changement ?