Planter du romarin
À Guernesey, le romarin du jardin devait avoir été offert par un ami, jamais acheté. En Maine-et-Loire, la bouture ne reprenait que si on la portait directement au jardin, sans entrer nulle part en chemin.
Ce que cela peut signifier
La bouture de romarin ne supporte pas d’attendre : arrachée à la plante mère, elle doit vite retrouver la terre. La croyance angevine en faisait une règle stricte : ne s’arrêter nulle part entre le jardin d’où elle venait et le sien. On reconnaît là une vérité qui dépasse le jardinage. Une résolution neuve prend racine plus facilement quand on l’installe sans attendre, avant que la journée ne la disperse. Ce qu’on remet à plus tard risque de sécher avant d’avoir pris.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une bouture offerte par un ami
À Guernesey, pour que le romarin ne soit pas funeste à celui qui l’avait mis dans son jardin, il fallait qu’il n’ait pas été payé, mais élevé et offert par un ami bien intentionné.
Rapporter la bouture sans traîner
En Maine-et-Loire, une bouture de romarin ne reprenait racine que si l’on allait la planter directement dans son jardin, sans entrer nulle part auparavant. Pas de visite chez la voisine, pas de détour par l’épicerie.
Un bouquet de romarin à la porte
Dans le Gard, autrefois, le dimanche de la Sexagésime, les jeunes gens accrochaient un bouquet de romarin au logis de celle qu’ils voulaient épouser. Dans l’Ain, à Poncin, et en Côte-d’Or, à Ruffey, pour la fête d’un garçon, on en accrochait à sa fenêtre et à celle de sa bien-aimée.
Du romarin coupé ou non coupé
Au XVIIe siècle, un traité des couleurs donnait au romarin coupé le sens de « je vous donne congé », et au romarin non coupé celui d’« amour sans fin ». Le même brin pouvait donc dire oui ou non, selon qu’on l’avait tranché ou non.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le romarin est un arbuste méditerranéen qui aime les sols secs et pauvres et le plein soleil. Il se multiplie bien par bouture, à condition que le rameau ne se dessèche pas : planté rapidement dans une terre légère et tenu à l’ombre quelques jours, il forme ses racines en quelques semaines.
Ce que disent les croyances populaires
Guernesey
À Guernesey, pour que le romarin ne soit pas funeste à celui qui l’avait mis dans son jardin, il fallait qu’il n’ait pas été payé, mais qu’il ait été élevé et offert par un ami bien intentionné.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 374. Voir la page
Maine-et-Loire
En Maine-et-Loire, pour qu’une bouture de romarin reprenne racine, il fallait aller la planter directement dans son jardin, sans entrer nulle part auparavant.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VIII (1910), p. 192. Voir la page
Gard
Dans le Gard, autrefois, le dimanche de la Sexagésime, les jeunes gens attachaient un bouquet de romarin à la porte de celles qu’ils recherchaient en mariage.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VIII (1910), p. 193. Voir la page
Ain et Côte-d’Or
À Poncin, dans l’Ain, et à Ruffey, près de Dijon, le jour de la fête d’un garçon, on mettait un bouquet de romarin à sa fenêtre et à celle de sa bien-aimée, pour montrer qu’on connaissait leur attachement.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VIII (1910), p. 193. Voir la page
France, XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, le langage des couleurs et des plantes disait : « Le romarin coupé signifie : je vous donne congé ; le romarin non coupé, amour sans fin. »
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VIII (1910), p. 193. Voir la page
Pour réfléchir
Quand une bonne idée te vient, la mets-tu en route aussitôt ou la laisses-tu traîner en chemin ?