Casser un miroir
Casser un miroir présageait un malheur en Haute-Bretagne ; Collin de Plancy le comptait lui aussi parmi les grands malheurs redoutés. Un recueil de Haute-Bretagne ajoutait qu’un objet cassé le matin en entraînait trois.
Ce que cela peut signifier
Le bruit, les éclats sur le carrelage, et cette petite phrase qui vient toute seule : « ça porte malheur ». La Haute-Bretagne tenait le miroir brisé pour un présage de malheur, et ajoutait qu’un objet cassé le matin en entraînait trois avant la fin du jour. Cette seconde croyance est peut-être la plus juste. Après un premier accident, on est contrarié, on se dépêche de nettoyer, on se reproche sa maladresse, et les mains deviennent moins sûres. La série vient sans doute de là. Plutôt que de guetter le malheur annoncé, mieux vaut ramasser les morceaux lentement et laisser retomber l’agacement avant de reprendre la vaisselle.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un miroir qui se fend tout seul
Une fissure apparaît sans qu’on y ait touché, après un coup de chaud ou de froid, ou parce que le cadre force sur la glace. L’objet ne prédit rien : il cède à une tension accumulée depuis longtemps, comme bien des choses qui semblent se briser d’un coup.
Un miroir cassé par un enfant
Il a entendu dire que cela porte malheur et attend la suite, inquiet. Le seul vrai danger est dans les éclats : on l’éloigne le temps de tout ramasser, puis on lui raconte d’où vient le dicton. Une croyance présentée comme une vieille histoire fait bien moins peur qu’une menace.
Un grand miroir cassé en déménageant
Pendant un déménagement, le grand miroir de l’entrée est fréquemment la première victime. Tout bouge, on se presse, on porte trop à la fois. Le malheur redouté ressemble surtout à la fatigue de ces journées-là, et au besoin de souffler entre deux cartons.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Un miroir est une plaque de verre recouverte au dos d’une fine couche métallique. Le verre ne plie pas : un choc, une chute ou une contrainte du cadre suffit à le fendre, et les éclats sont coupants. Après un premier incident, la hâte et l’agacement rendent les gestes moins sûrs.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, un miroir qui se cassait présageait un malheur.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 274. Voir la page
Haute-Bretagne
On y disait aussi que, lorsqu’on casse un objet le matin, on en casse trois avant la fin du jour.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 274. Voir la page
France, XIXe siècle
Au XIXe siècle, Collin de Plancy rangeait le miroir cassé parmi les « grands malheurs » redoutés par les superstitieux, avec la salière répandue et le pain retourné.
Source : J. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e édition (1863), p. 639, article « Superstitions ». Voir la page
Pour réfléchir
Après un petit accident, que fais-tu pour retrouver des gestes sûrs avant de continuer ?