Everyday Omens

Faire une croix sur son pain avant de l’entamer

Avant d’entamer une miche, on y traçait une croix avec la pointe du couteau. À Quimper, c’était pour faire durer le pain ; en Auvergne, disait-on, sans cette croix, le diable l’aurait emporté.

Ce que cela peut signifier

Le geste ne prenait qu’une seconde, mais il marquait un passage : la miche cuite pour plusieurs jours allait commencer à diminuer. Selon les régions, la croix devait la faire durer, la protéger du diable ou remercier pour ce pain, comme chez les familles de marins de Saint-Valery. En Béarn, on ajoutait : « Nous ne savons pas si nous le finirons. » Commencer une provision, un projet ou une saison sans savoir comment cela finira demande un peu de cette humilité. Un court instant d’attention avant d’entamer ce qu’on a reçu change la façon de le consommer.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une croix du bout du couteau

En Béarn, avant d’entamer un pain, il était d’usage d’y marquer une croix avec la pointe du couteau en disant : « Nous ne savons pas si nous le finirons. » À Quimper, le même geste passait pour faire durer le pain.

Contre le diable

En Auvergne, avant de couper une tourte de pain, on faisait une croix avec le couteau à sa surface, parce que sans cela, disait-on, le diable aurait emporté le pain. On traçait aussi une croix sur la pâte quand on y mettait le levain.

Entamer le pain bien droit

Dans les fermes du Bocage vendéen, on n’entamait pas le pain sans y tracer une croix, et le garçon ou la jeune fille qui ne coupait pas une tranche bien plane en l’entamant ne se marierait pas, disait-on, dans l’année.

Un pain qui tombe

Dans le Mentonnais, laisser tomber son pain montrait, disait-on, qu’on ne l’avait pas gagné ; il fallait ramasser le pain tombé en l’embrassant.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Autrefois, on cuisait de grosses miches faites pour tenir toute la semaine, et le moment de les entamer comptait. Les boulangers incisent aussi le pâton juste avant de l’enfourner : ces incisions laissent la vapeur s’échapper et guident la façon dont le pain s’ouvre, ce qui donne à certaines miches une croix bien visible.

Ce que disent les croyances populaires

Béarn

En Béarn, avant d’entamer un pain, il était d’usage d’y marquer une croix avec la pointe du couteau, en disant : « Nous ne savons pas si nous le finirons. »

Source : Henri Pellisson, « Superstitions béarnaises », Revue des traditions populaires, t. VI (1891), p. 154. Voir la page

Quimper (Finistère)

À Quimper, faire avec la pointe du couteau une croix sur la tourte avant de l’entamer faisait durer le pain.

Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 198. Voir la page

Auvergne

En Auvergne, avant de couper une tourte, on faisait une croix avec le couteau à sa surface, parce que sans cela le diable emporterait le pain.

Source : Dr F. Pommerol, « Folk-lore de l’Auvergne, II », Revue des traditions populaires, t. XII (1897), p. 544. Voir la page

Saint-Valery (Somme)

À Saint-Valery, comme en Bretagne, les familles de marins marquaient d’une croix, avec le couteau, le pain qu’on allait entamer, sans doute, notait l’auteur, en hommage à Dieu qui l’accordait, et pour qu’il ne manque pas à la famille.

Source : A. Bout, « La mer et les eaux, CCCIV : Les marins et le pain », Revue des traditions populaires, t. XVII (1902), p. 90. Voir la page

Bocage vendéen

Dans le Bocage vendéen, le pain entamé ne devait pas l’être sans croix ; le garçon ou la jeune fille qui, en l’entamant, ne faisait pas une section bien plane ne se marierait pas dans l’année.

Source : Jehan de la Chesnaye, « Coutumes et superstitions populaires du Bocage vendéen », Revue des traditions populaires, t. XVIII (1903), p. 463. Voir la page

Mentonnais (Alpes-Maritimes)

Dans le Mentonnais, celui qui laissait tomber son pain ne l’avait pas gagné, et il fallait ramasser le pain tombé en l’embrassant.

Source : J. B. Andrews, « Traditions, superstitions et coutumes du Mentonnais », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 334. Voir la page

Pour réfléchir

Qu’aimerais-tu faire durer plus longtemps chez toi, et quel petit geste t’y aiderait ?