Offrir un couteau
Offrir un couteau coupait l’amitié, assurait-on en Haute-Bretagne ; pour détourner le sort, celui qui le recevait donnait une pièce en retour. Ce geste minuscule change le cadeau en échange partagé.
Ce que cela peut signifier
« Les couteaux coupent l’amitié » : on l’entendait en Haute-Bretagne, et Collin de Plancy notait la même idée au XIXe siècle. La parade était simple. Celui qui recevait un couteau rendait une pièce de monnaie, et le couteau n’était plus « donné » mais acheté. Cette petite comédie a une vraie élégance. Elle rend l’échange réciproque, efface le déséquilibre du cadeau et protège la relation par un geste qui fait sourire les deux parties. Beaucoup de liens tiennent à ce genre d’attention : rendre quelque chose, même de symbolique, pour que personne ne se sente débiteur.
Selon la façon dont tu l’as vu
Des couteaux pour le Nouvel An
Au XVe siècle, celui qui offrait des couteaux à sa bien-aimée le jour de l’an risquait de voir leur amour se refroidir. Une autre voix du même recueil conseillait plutôt des épingles à grosse tête, qui rendaient l’amour plus ardent et plus durable.
Prêter son couteau quand on se fait la cour
En Haute-Bretagne, quand un garçon et une fille se faisaient la cour, si l’un prêtait son couteau à l’autre et que celui-ci coupait quelque chose avec, le prêteur lui lançait : « Tu as coupé l’amitié ! » La remarque tenait autant de la taquinerie que de la superstition.
Un couteau de famille transmis
Un couteau de poche passé d’une génération à l’autre peut échapper à la règle : il ne se donne pas, il se transmet. On peut quand même y joindre une pièce, par jeu ou par tendresse, et le geste prolonge alors la tradition au lieu de la contourner.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La croyance repose sur une analogie : un objet fait pour trancher risquerait de trancher aussi le lien entre deux personnes. La pièce rendue transforme le cadeau en vente symbolique, ce qui permet d’offrir l’objet sans renoncer à la tradition.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on disait que les couteaux coupent l’amitié ; pour détourner le mauvais sort, celui qui recevait un couteau donnait une pièce de monnaie, et le couteau n’était plus « donné ».
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 273. Voir la page
Haute-Bretagne
Quand un garçon et une fille se faisaient la cour, si l’un prêtait son couteau à l’autre et que celui-ci coupait quelque chose avec, le prêteur disait : « Tu as coupé l’amitié. »
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 274. Voir la page
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, on assurait que celui qui offrait des couteaux à sa bien-aimée le jour de l’an verrait leur amour se refroidir, alors que des épingles à grosse tête le rendaient plus ardent et plus durable.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 41. Voir la page
France, XIXe siècle
Au XIXe siècle, Collin de Plancy citait parmi les opinions superstitieuses qu’« un couteau donné coupe l’amitié » et qu’il ne fallait pas mettre les couteaux en croix.
Source : J. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e édition (1863), p. 639, article « Superstitions ». Voir la page
Pour réfléchir
Dans quelle relation aimerais-tu rendre quelque chose, même tout petit, pour que l’échange reste équilibré ?