Couteaux croisés sur la table
Des couteaux croisés sur la table étaient, au XIXe siècle, un très mauvais augure pour les superstitieux, selon Collin de Plancy, et les Hauts-Bretons évitaient de les poser ainsi. Deux lames qui se bloquent : l’image donne à réfléchir.
Ce que cela peut signifier
Le repas se termine, on dessert à la hâte, et deux couteaux restent posés l’un sur l’autre. Pour les superstitieux du XIXe siècle, la croix formée par deux lames ne promettait rien de bon. L’image peut se lire autrement. Deux couteaux croisés se bloquent mutuellement : impossible de saisir celui du dessous sans déplacer celui du dessus. Deux obligations se coincent parfois de la même façon, chacune empêchant de commencer l’autre. Le geste qui libère est très simple : on soulève une lame, et la seconde se dégage d’elle-même. Choisir laquelle prendre en premier suffit à défaire le nœud.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une fourchette et un couteau en croix
Collin de Plancy rangeait aussi les fourchettes croisées parmi les présages sinistres. On croise pourtant ses couverts dans son assiette sans y penser, au milieu d’une conversation. Rien n’empêche de les remettre côte à côte avant de quitter la table.
Des brins de paille croisés sur le chemin
Dans le Mentonnais et au pays de Liège, des fétus de paille croisés sur une route faisaient craindre un décès, et Collin de Plancy rapportait déjà qu’il ne fallait pas marcher dessus. Le vent et les roues des charrettes suffisent pourtant à croiser deux brins sur un chemin de campagne.
Des outils posés en croix
Dans une partie de la Haute-Bretagne, certaines personnes refusaient qu’on trace des croix sur leurs portes ou qu’on dispose en croix des instruments, quels qu’ils soient : cela, disait-on, causait la mort de quelqu’un. Le même dessin pouvait donc rassurer à l’église et inquiéter sur le seuil.
Faire tourner un couteau
Les Hauts-Bretons faisaient tourner les couteaux sur la table pour savoir si une chose arriverait, par exemple qui, dans la compagnie, mourrait le premier : la lame donnait la réponse. Le jeu de la bouteille qui tourne repose sur le même plaisir : laisser un objet désigner quelqu’un.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Rien ne relie la position de deux couteaux à la suite des événements. La crainte s’appuie sur une simple ressemblance : deux lames croisées dessinent une croix et font penser à un affrontement, comme deux épées qui se rencontrent. Une table desservie en hâte laisse facilement les couverts en désordre.
Ce que disent les croyances populaires
France, XIXe siècle
Au XIXe siècle, Collin de Plancy notait qu’on regardait comme un très mauvais augure de trouver des couteaux en croix sur une table.
Source : J. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e édition (1863), p. 557, article « Présages ». Voir la page
France, XIXe siècle
Dans son article « Superstitions », il citait aussi l’interdit de marcher sur des fétus croisés, et ajoutait que les fourchettes croisées étaient d’un sinistre présage.
Source : J. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e édition (1863), p. 639, article « Superstitions ». Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on disait qu’on ne devait pas mettre les couteaux en croix.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 274. Voir la page
Haute-Bretagne
Dans une partie de la Haute-Bretagne, certaines personnes ne voulaient pas qu’on fasse des croix sur leurs portes ni qu’on dispose des instruments en croix, car cela causait, disait-on, la mort de quelqu’un.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 276. Voir la page
Mentonnais et pays de Liège
Dans le Mentonnais et au pays de Liège, des fétus de paille croisés sur une route pronostiquaient la mort ; à Liège, rencontrer une croix de paille présageait un malheur.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 514. Voir la page
Pour réfléchir
Quelles deux obligations se bloquent en ce moment chez toi, et laquelle pourrais-tu soulever la première ?