Trouver une mue de serpent
Dans le Cantal, la mue de serpent trouvée par hasard se ramassait et se gardait précieusement : elle portait bonheur. On l’accrochait dans un coin de la pièce principale ou on la rangeait dans l’armoire à linge.
Ce que cela peut signifier
Une mue de serpent intacte dans les ronces a quelque chose d’étrange : l’animal est parti, mais sa forme est restée, jusqu’aux fines écailles qui couvraient ses yeux. En Auvergne, cette peau vide ne servait pas seulement de porte-bonheur. On y disait qu’elle empêchait d’être « aveuglé », c’est-à-dire de se laisser abuser par des tours de passe-passe. L’objet préservait des illusions celui qui le possédait. Bien des situations demandent ce même regard : voir ce qui se passe réellement, sans se laisser éblouir par la manière dont on nous le présente.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une mue entière dans les ronces
En Auvergne, il arrivait de trouver dans les herbes ou les ronces une peau entière de couleuvre. Le paysan la ramassait et la conservait précieusement : elle portait bonheur, empêchait l’ensorcellement et protégeait contre l’« aveuglement ».
Accrochée dans la maison
Dans le Cantal, la plupart des fermes avaient leur peau de serpent accrochée dans un coin de la pièce principale. D’autres l’enroulaient autour d’un bâton et rangeaient ce « caducée » dans l’armoire à linge, avec les objets les plus précieux.
Dans l’étable ou l’écurie
Les bergers du Cantal étaient très heureux d’avoir une peau de serpent dans leur étable, et les charretiers la recherchaient pour porter bonheur à leur écurie.
Un morceau dans la poche
En Saintonge et dans le Loiret, avoir dans sa poche un morceau de peau de serpent portait chance. Dans la Brie champenoise, d’un homme chanceux, on lançait : « Il a de la peau de couleuvre dans sa poche. »
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les serpents grandissent toute leur vie et changent de peau plusieurs fois par an. La mue se décolle à partir de la tête et l’animal s’en extrait en se frottant contre des pierres ou des branches, si bien qu’elle reste en général entière, retournée comme un gant, dans les ronces ou au pied d’un muret. Les serpents sont protégés en France métropolitaine.
Ce que disent les croyances populaires
Cantal
Dans le Cantal, lorsqu’on rencontrait une peau de serpent provenant d’une mue, on la ramassait et on la conservait précieusement, parce qu’elle portait bonheur ; dans la plupart des fermes, une de ces peaux était accrochée dans un coin de la pièce principale.
Source : Antoinette Bon, « Les peaux de serpent en Auvergne (Cantal) », Revue des traditions populaires, t. II (1887), p. 230. Voir la page
Cantal
Dans le Cantal, on enroulait aussi la peau autour d’un bâton et l’on conservait ce « caducée » dans l’armoire à linge avec les objets les plus précieux ; bergers et charretiers en voulaient une pour leur étable ou leur écurie.
Source : Antoinette Bon, « Les peaux de serpent en Auvergne (Cantal) », Revue des traditions populaires, t. II (1887), p. 230. Voir la page
Saintonge et Loiret
En Saintonge et dans le Loiret, avoir dans sa poche un morceau de peau de serpent portait chance.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 33. Voir la page
Brie champenoise
Dans la Brie champenoise, d’un homme heureux, on affirmait : « Il a de la peau de couleuvre dans sa poche. »
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 33. Voir la page
Auvergne
En Auvergne, le paysan qui trouvait une peau entière de couleuvre la conservait : elle portait bonheur, empêchait l’ensorcellement et empêchait d’être « aveuglé » par les tours de passe-passe.
Source : Dr F. Pommerol, « Folk-lore de l’Auvergne, II », Revue des traditions populaires, t. XII (1897), p. 550. Voir la page
Pour réfléchir
Dans quelle situation aimerais-tu voir les choses telles qu’elles sont, sans te laisser éblouir par la façon dont on te les présente ?