Everyday Omens

Écraser les coquilles d’œufs

Briser la coquille d’un œuf qu’on vient de manger se fait encore dans bien des foyers. Dans le Bocage vendéen, une coquille jetée intacte pouvait, disait-on, servir à un jeteur de sorts ; sur les navires, elle offrait un bateau au diable.

Ce que cela peut signifier

Le geste est si machinal que beaucoup le font encore sans savoir pourquoi : une fois l’œuf mangé, on écrase la coquille vide. Autrefois, la raison était claire. Une coquille intacte restait un petit récipient dont un autre pouvait se servir : un jeteur de sorts en Vendée, le diable en mer. En la brisant, on terminait vraiment le repas. Cette précaution garde un sens : certaines affaires terminées (une discussion réglée, un dossier rangé, une relation qui a pris fin) gagnent à être closes pour de bon, afin de ne pas laisser derrière nous une coque vide qui reviendrait nous encombrer.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une coquille jetée entière

Dans le Bocage vendéen, il ne fallait jamais jeter ses coquilles d’œufs sans les avoir écrasées : un jeteur de sorts aurait pu y introduire un liquide fatal. En Franche-Comté, si l’on négligeait de les casser, les poules, croyait-on, cessaient de pondre.

Un bateau pour le diable

Dans les dernières années du XVIIIe siècle, sur un navire de guerre français, des matelots menacèrent un cuisinier qui avait jeté des coquilles par-dessus bord sans les casser : selon eux, il fournissait une embarcation au diable.

Des coquilles dans le feu

Brûler les coquilles était presque aussi généralement interdit. Autour de Dinan, les jeter au feu revenait à alimenter le feu de l’enfer ; dans le Finistère, en Poitou et en Haute-Bretagne, les poules, disait-on, cessaient de pondre.

Des coquilles gardées en collier

Dans la Creuse, on enfilait le jour du carnaval toutes les coquilles conservées et on les suspendait à la cheminée pour que le renard ne mange pas les poules. À Treffiagat, dans le Finistère, un chapelet d’œufs pendu dans l’écurie occupait les lutins, qui laissaient les chevaux tranquilles.

Pourquoi cela arrive dans la nature

La coquille d’œuf est faite surtout de calcaire. Écrasée, elle prend moins de place dans une poubelle ou un compost et se décompose plus vite, et une coquille entière posée à l’envers peut rester longtemps intacte. Beaucoup de jardiniers l’écrasent encore pour la mêler à la terre.

Ce que disent les croyances populaires

France

Sébillot notait que l’usage de briser les coques des œufs qu’on avait mangés existait dans un grand nombre de pays ; au XVIIe siècle, on le faisait pour que ses ennemis soient aussi brisés, et vers 1900 pour se préserver de la sorcellerie.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 231. Voir la page

Bocage vendéen

Au Bocage vendéen, on ne devait jamais jeter ses coques d’œufs avant de les avoir écrasées : le jeteur de sorts y aurait introduit un liquide fatal.

Source : Jehan de la Chesnaye, « Coutumes et superstitions populaires du Bocage vendéen », Revue des traditions populaires, t. XVIII (1903), p. 463. Voir la page

Franche-Comté et Wallonie

En Franche-Comté, si l’on négligeait de casser les coquilles, les poules cessaient de pondre ; en Wallonie, on craignait que les sorcières n’y déposent une mèche de cheveux de celui à qui elles en voulaient.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 232. Voir la page

Marine française, XVIIIe siècle

Dans la marine française, à la toute fin du XVIIIe siècle, des matelots d’un navire de guerre menacèrent un cuisinier qui avait jeté des coques d’œufs par-dessus bord sans les casser : on fournissait ainsi une embarcation au diable.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. II : La mer et les eaux douces (1905), p. 156. Voir la page

Environs de Dinan

Aux environs de Dinan, quand on jetait des coquilles d’œufs dans le feu, on alimentait le feu de l’enfer.

Source : Lucie de V. H., « Coutumes de la Haute-Bretagne, XV : Environs de Dinan », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 141. Voir la page

Finistère, Poitou, Haute-Bretagne

Dans le Finistère, en Poitou et en Haute-Bretagne, on disait que si l’on brûlait les coques d’œufs, les poules cessaient de pondre.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 232. Voir la page

Creuse et Finistère

Dans la Creuse, le jour du carnaval, on enfilait les coques conservées et on les suspendait à la cheminée pour que le renard ne dévore pas les poules ; à Treffiagat, un chapelet d’œufs pendu dans l’écurie occupait les lutins, qui laissaient les chevaux tranquilles.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 232. Voir la page

Pour réfléchir

Quelle affaire terminée gagnerais-tu à clore vraiment, pour qu’elle cesse de revenir t’encombrer ?