Renverser du vin
Contrairement au sel, le vin renversé était plutôt de bon augure. Le Mentonnais le rangeait parmi les présages favorables, et entre Bourgogne et Champagne, le verre renversé du jour de l’An promettait une année prospère.
Ce que cela peut signifier
Un verre qui se renverse à table fige tout le monde une seconde : la nappe tachée, l’auteur gêné, l’hôte qui se lève. Bien des traditions ont choisi de transformer cet instant en chance. À Menton, c’était un présage favorable ; entre Bourgogne et Champagne, au déjeuner du 1er janvier, une « libation fortuite » promettait une année de prospérité ; à Liège, on se frottait la tête avec la mousse de champagne. Ces lectures servaient aussi à détendre l’atmosphère. Face à une petite maladresse dans un moment qu’on voulait réussi, le rire partagé fait plus de bien que les excuses répétées.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un verre renversé à table
Dans le Mentonnais, renverser du vin figurait parmi les présages favorables, avec la rencontre d’un homme en sortant de chez soi.
La boisson du jour de l’An
Entre Bourgogne et Champagne, si, au déjeuner du premier jour de l’An, on répandait sa boisson sur la nappe par un choc involontaire, on s’assurait une année de joie et de prospérité, proportionnée, plaisantait l’auteur, à la taille de la tache.
La mousse de champagne
À Liège, lorsque, par mégarde, on répandait la mousse du champagne sur la table parce que le verre débordait, il fallait aussitôt s’en frotter la tête : cela portait bonheur.
Du sel autour de la tache
Dans le Hainaut, quand on répandait du vin sur la table, on se hâtait d’entourer la tache de sel pour qu’elle ne s’étende pas.
Du vin sur les chausses
À l’opposé, le curé Thiers rangeait parmi les superstitions de son temps, au XVIIe siècle, la peur du malheur quand on répandait du vin sur ses chausses à table.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le vin rouge tache durablement parce que ses pigments colorés se fixent sur les fibres du tissu, surtout s’il sèche. Du sel versé aussitôt sur une tache fraîche, ou un linge sec posé dessus, absorbe une partie du liquide et l’empêche de s’étaler, d’où l’habitude de saler la nappe, même si la couleur ne disparaît pas toujours.
Ce que disent les croyances populaires
Mentonnais (Alpes-Maritimes)
Dans le Mentonnais, renverser du vin comptait parmi les présages favorables.
Source : J. B. Andrews, « Traditions, superstitions et coutumes du Mentonnais », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 257. Voir la page
De la Bourgogne à la Champagne
Le jour de l’An, si, en déjeunant, on répandait sa boisson sur la nappe par un choc involontaire, on s’assurait par cette « libation fortuite » une année entière de jubilation et de prospérité.
Source : F. Fertiault, « Superstitions et croyances du jour de l’An », Revue des traditions populaires, t. IV (1889), p. 54. Voir la page
Liège (Belgique)
À Liège, lorsque par mégarde on répandait de la mousse de champagne sur la table, il fallait immédiatement s’en frotter la tête : cela portait bonheur.
Source : Alfred Harou, « Mœurs épulaires, V : Le vin répandu », Revue des traditions populaires, t. X (1895), p. 90. Voir la page
Hainaut (Belgique)
Dans le Hainaut, lorsqu’on répandait du vin sur la table, on se hâtait d’entourer la tache de sel, afin qu’elle ne s’étende pas.
Source : Alfred Harou, « Mœurs épulaires, V : Le vin répandu », Revue des traditions populaires, t. X (1895), p. 90. Voir la page
France, XVIIe siècle
Parmi les superstitions relevées au XVIIe siècle par le curé Thiers figurait celle-ci : répandre du vin sur ses chausses en étant à table attirait le malheur.
Source : Jean-Baptiste Thiers et al. (Amsterdam, J. F. Bernard), Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion, t. I (1733), p. 43. Voir la page
Pour réfléchir
Comment réagis-tu quand une petite maladresse vient troubler un repas que tu voulais réussi ?