Un tout petit œuf, l’« œuf de coq »
Un œuf minuscule, presque rond et sans jaune, passait dans de nombreuses campagnes pour avoir été pondu par un coq. En Berry, on l’appelait coquard ou œuf de jau, et on craignait qu’il en sorte une bête malfaisante.
Ce que cela peut signifier
L’œuf minuscule trouvé dans le nid ne ressemble pas aux autres, et c’est précisément cette différence qui inquiétait. Faute d’explication, on l’attribuait à un vieux coq, et on lui prêtait les pires descendances : serpent, basilic ou cocadrille. Laisnel de la Salle, qui rapportait la croyance du Berry, notait pourtant que ces œufs venaient de poules trop jeunes ou malades. L’imagination grossit volontiers ce qui sort de l’ordinaire. Devant une petite anomalie, au travail ou à la maison, mieux vaut chercher d’abord l’explication simple avant d’imaginer le monstre.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un œuf de la taille d’un œuf de merle
En Berry, on trouvait parfois dans les poulaillers de petits œufs presque ronds, sans jaune, qu’on disait pondus par de vieux coqs et qu’on appelait coquards. Il en sortait, croyait-on, la cocadrille, serpent qui devenait dragon ; pour la conjurer, on plaçait le 1er mai des rameaux de charme sur les juchoirs et les tas de fumier.
Crier le premier
À Saint-Cast, quand un coq avait pondu un œuf, celui qui le voyait le premier devait crier « Basélic ! Basélic ! » Si le coq le voyait avant lui, il en sortait, croyait-on, un basilic qui s’en prenait à ses maîtres.
Un œuf sans coquille
Dans le Bocage vendéen, l’œuf qui n’avait pas de coque renfermait, disait-on, un petit serpent : il fallait le jeter, sinon un reptile plus gros viendrait s’installer sous le seuil.
Les œufs de Pâques des coqs
En Wallonie, les petits apprenaient que les coqs pondaient les œufs de Pâques. Quand l’enfant se lassait d’attendre, il prenait un bâton et allait taper sur la queue du coq pour en faire sortir un bel œuf rouge ou bleu.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les très petits œufs sans jaune sont pondus par des poules : on les trouve surtout chez les poulettes qui débutent leur ponte, ou lors d’un dérèglement passager de la ponte, quand le blanc et la coquille se forment sans jaune, parfois autour d’un minuscule fragment de tissu. Les coqs, eux, ne pondent pas.
Ce que disent les croyances populaires
Berry
En Berry, on attribuait à de vieux coqs les petits œufs sans jaune, de la grosseur d’un œuf de merle, appelés œufs de jau ou coquards ; il en sortait la cocadrille, serpent qui devenait dragon. Laisnel de la Salle notait qu’ils venaient en réalité de poules malades ou trop jeunes.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. I (1875), p. 196-197. Voir la page
Berry
En Berry, pour neutraliser l’influence des coquards, on plaçait le premier jour de mai des rameaux de charme dans les juchoirs et sur les fumiers des basses-cours.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. I (1875), p. 197. Voir la page
Saint-Cast (Haute-Bretagne)
À Saint-Cast, quand un coq pondait un œuf, celui qui le voyait le premier devait crier « Basélic ! Basélic ! » ; si le coq le voyait avant, il en sortait un basélic qui mangeait les gens auxquels le coq appartenait.
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 136. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on prétendait que certains œufs plus petits que les autres étaient pondus par les coqs, et que si une poule les couvait, elle faisait éclore des serpents ; à Saint-Brieuc, on parlait de dragons.
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 136. Voir la page
Bocage vendéen
Dans le Bocage vendéen, l’œuf qui n’avait pas de coque renfermait un petit serpent : il fallait le jeter, sinon un reptile plus gros se logerait sous la pierre du seuil.
Source : Jehan de la Chesnaye, « Coutumes et superstitions populaires du Bocage vendéen », Revue des traditions populaires, t. XVIII (1903), p. 463. Voir la page
Wallonie (Belgique)
En Wallonie, à Pâques, on faisait croire aux enfants que les œufs avaient été pondus par des coqs ; l’enfant impatient allait taper sur la queue du coq avec un bâton pour en faire sortir un bel œuf rouge ou bleu.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 231. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle petite anomalie récente t’a fait imaginer bien plus qu’elle ne le méritait ?