Everyday Omens

Le brouillard

En Haute-Bretagne, on appelait le brouillard « le temps au loup », car le loup, disait-on, choisissait ce moment pour ses promenades. Ailleurs, la brume servait à prévoir les gelées, les pommes ou les dangers de la mer.

Ce que cela peut signifier

Dans le brouillard, on voit à quelques mètres et tout le reste disparaît. Les campagnes ont rempli ce vide de présences : le loup qui rôde en Haute-Bretagne, des diablotins noirs autour des barques de Tréguier, les âmes des personnes enlisées dans la baie du Mont-Saint-Michel. Les paysans de Baugé ou de Franche-Comté, plus terre à terre, y lisaient seulement le temps et les récoltes à venir. Ce que l’œil ne voit pas, l’imagination le complète, et rarement avec des choses rassurantes. Dans une situation floue, il peut être utile de distinguer ce que l’on sait vraiment de ce que l’on a ajouté soi-même pour combler les blancs.

Selon la façon dont tu l’as vu

Un brouillard de mars

Autour de Baugé, en Anjou, un brouillard de mars sans pluie présageait une gelée en mai, à la même date. Il suffisait de retenir la date pour savoir quand surveiller le jardin.

Les brouillards de l’Avent

En Franche-Comté, les brouillards des semaines qui précèdent Noël laissaient espérer une grande abondance de pommes pour l’année suivante. La brume d’hiver devenait ainsi une promesse de récolte.

La brume sur la mer

Sur les bateaux de la Manche, on disait voir, dans les brumes épaisses, des formes noires : des diables venus chercher les âmes des noyés. Au pays de Tréguier, les matelots croyaient que des diablotins dansaient autour des bateaux perdus dans la brume pour les égarer.

Le brouillard blanc de la Toussaint

À l’embouchure du Couesnon, on racontait qu’au début de novembre, au moment où l’on honore les défunts, un brouillard blanc se levait à la tombée de la nuit. Il était fait, croyait-on, des âmes des personnes englouties dans les sables mouvants, et, au matin, on les entendait murmurer : « Dans un an ! »

Le loup de la Saint-Jean

Dans les hautes vallées du Béarn, on appelait « loup de Saint-Jean » un brouillard qui, vers la fin juin, faisait beaucoup de tort aux récoltes. Le loup revenait ainsi dans le nom même de la brume.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Le brouillard est un nuage posé au sol : de minuscules gouttelettes d’eau en suspension, formées quand l’air humide se refroidit jusqu’à ne plus pouvoir garder sa vapeur. Par les nuits claires et calmes, la terre se refroidit et rafraîchit l’air qui la touche ; en mer, c’est en général un air doux et humide qui passe sur une eau plus froide.

Ce que disent les croyances populaires

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, on donnait au brouillard le nom de « temps au loup », parce qu’on prétendait que c’était le moment que le loup choisissait pour ses promenades.

Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 351. Voir la page

Pays de Baugé (Maine-et-Loire)

Selon un dicton baugeois, un brouillard en mars sans pluie annonçait une gelée en mai, au même quantième.

Source : C. Fraysse, « Au pays de Baugé », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 426. Voir la page

Franche-Comté

En Franche-Comté, les brouillards de l’Avent annonçaient une grande abondance de pommes.

Source : Charles Beauquier, « Les mois en Franche-Comté », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 659. Voir la page

Manche et pays de Tréguier

Sur la Manche, les pêcheurs prétendaient voir des formes noires au milieu de la brume épaisse : des diables venus chercher les âmes des noyés ; au pays de Tréguier, les matelots croyaient voir des diablotins danser dans la brume.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 89. Voir la page

Embouchure du Couesnon (Manche)

À l’embouchure du Couesnon, on disait qu’au moment de la commémoration des morts un brouillard blanc se levait à la nuit tombante, fait des âmes des personnes enlisées ; au matin, on les entendait murmurer « Dans un an ! »

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. II : La mer et les eaux douces (1905), p. 140-141. Voir la page

Hautes vallées du Béarn

Dans les hautes vallées du Béarn, on appelait « loup de Saint-Jean » un brouillard qui, aux approches de la Saint-Jean, faisait beaucoup de tort aux récoltes.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 90. Voir la page

Pour réfléchir

Dans une situation floue que tu traverses, qu’est-ce que ton imagination a placé là où tu ne vois rien ?