Voir un tourbillon de vent
Quand un tourbillon soulevait le foin dans une prairie, le diable y passait, croyait-on en Poitou et dans le département des Côtes-du-Nord. En Haute-Bretagne, les faneurs lui lançaient un couteau ouvert ; en Franche-Comté, on lui parlait.
Ce que cela peut signifier
Un tourbillon surgit en quelques secondes, fait tourner le foin, la poussière ou les feuilles, puis s’évanouit plus loin. On l’a tour à tour peuplé du diable, d’un lutin, de sorcières ou de fées qui changeaient de demeure. Les gens des champs, eux, avaient surtout des réponses rapides : un couteau lancé, un cri, une petite formule moqueuse. Il y a des agitations qui traversent une journée de la même façon (une colère, une nouvelle, une rumeur) et qui ne demandent pas qu’on les comprenne entièrement. Il suffit parfois d’un geste simple, et d’un peu d’humour, pour les laisser passer.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un tourbillon dans le foin
En pleine fenaison, si un tourbillon soulevait le foin dans la prairie, les Hauts-Bretons savaient quoi faire : ouvrir vite son couteau et le jeter, pointe tournée vers le tourbillon, pour le chasser.
Le diable qui emporte quelqu’un
Dans le département des Côtes-du-Nord, un tourbillon violent passait pour le démon emportant quelqu’un qui résistait, d’où les dégâts sur son passage. En Poitou, Satan se tenait, croyait-on, au centre des tourbillons, qui ne se dissipaient qu’après avoir déraciné un arbre.
Une formule pour la moisson
En Franche-Comté, quand les moissonneuses voyaient venir le petit tourbillon qui cachait un lutin, elles lui disaient : « Air des moissons, fourre-toi sous mon cotillon. » Dans l’Auxois, les travailleurs criaient : « Arrêtez-le ! »
Des fées qui déménagent
En Basse-Bretagne, selon une idée peu répandue, les nuages de poussière que le vent soulevait sur les chemins renfermaient un groupe de fées qui changeaient de demeure. Dans le Forez, on les appelait « follets ».
Un tourbillon de poussière sur la route
Au Luxembourg, les tourbillons de poussière qui s’élevaient sur la route passaient pour l’œuvre de sorcières qui cherchaient à aveugler les passants.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les petits tourbillons de beau temps naissent quand le sol, chauffé par le soleil, réchauffe l’air juste au-dessus de lui : cet air monte vite et se met à tourner en colonne, aspirant poussière, feuilles ou foin. Ils durent rarement plus de quelques minutes et se déplacent en zigzag, ce qui leur donne cet air imprévisible.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, lorsqu’on fanait et qu’un tourbillon soulevait le foin dans la prairie, il fallait se hâter, pour le chasser, d’ouvrir son couteau et de le jeter la pointe tournée du côté du tourbillon.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 302-303. Voir la page
Côtes-du-Nord et Poitou
Dans les Côtes-du-Nord, quand survenait un tourbillon violent, on disait que le démon emportait quelqu’un qui résistait ; en Poitou, Satan était au milieu des tourbillons qui soulevaient le foin dans les prairies.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 81. Voir la page
Deux-Sèvres (Poitou)
Chez les Deux-Sévriens, le diable se trouvait au centre de toutes les trombes, et jamais le tourbillon ne se dissipait sans avoir arraché au moins un arbre : c’était par là que le diable était passé.
Source : R.-M. Lacuve, « Contribution au folk-lore du Poitou (Département des Deux-Sèvres) », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 326. Voir la page
Franche-Comté et Auxois
En Franche-Comté, quand les moissonneuses voyaient venir le petit tourbillon qui recelait le lutin, elles lui disaient : « Air des moissons, fourre-toi sous mon cotillon » ; dans l’Auxois, les travailleurs criaient : « Arrêtez-le ! »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 112. Voir la page
Basse-Bretagne et Forez
En Basse-Bretagne, selon une idée peu répandue, les nuages de poussière que le vent soulève par les chemins renfermaient un groupe de fées qui changeaient de demeure ; dans le Forez, on les appelait follets.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 82. Voir la page
Beauce et Haute-Bretagne
En Beauce, les farfadets prenaient parfois l’apparence de tourbillons qui bouleversaient les récoltes ; en Haute-Bretagne, un lutin se cachait dans ceux qui jouaient dans les prairies et les champs.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 82. Voir la page
Grand-Duché de Luxembourg
Au Luxembourg, les tourbillons de poussière qui s’élevaient sur la route sous la poussée du vent étaient l’œuvre des sorcières qui cherchaient à aveugler les personnes.
Source : Charles Bivort, « Traditions et superstitions du Grand-Duché de Luxembourg », Revue des traditions populaires, t. XII (1897), p. 333. Voir la page
Pour réfléchir
Quand une agitation soudaine traverse ta journée, quel petit geste t’aide à la laisser passer ?