Dormir sous un noyer
S’endormir sous un noyer donnait la fièvre, disait-on en Corrèze. Dans les Deux-Sèvres, son ombre était funeste le jour mais saine la nuit, et dans l’Allier, on lui cassait une petite branche avant de s’asseoir dessous.
Ce que cela peut signifier
Le noyer offre l’une des ombres les plus fraîches de la campagne, et pourtant presque rien ne pousse à son pied. Les paysans s’en méfiaient : on évitait d’y dormir, on ne le plantait pas trop près des maisons. Ce grand arbre n’avait rien de méchant : il occupait seulement beaucoup de place, sous la terre comme au-dessus. On connaît des personnes de ce genre, généreuses mais envahissantes sans le vouloir. Mesurer la place qu’on prend, et celle qu’on laisse aux autres, rend le voisinage plus facile pour tout le monde.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une sieste à l’ombre d’un noyer
En Corrèze, on disait que celui qui s’endormait sous un noyer se réveillait avec la fièvre. Un proverbe poitevin faisait dépendre la règle de l’heure : l’ombre du noyer était funeste le jour, mais saine la nuit.
Un repas sous ses branches
À Chantelle, dans l’Allier, celui qui voulait manger à l’ombre d’un noyer devait d’abord briser une petite branche de l’arbre. On le « blessait », disait-on, et l’on pouvait ensuite s’asseoir sans crainte.
Un noyer trop près de la maison
À Lorient, si les racines d’un noyer venaient jusque sous la maison, personne, disait-on, ne pouvait y vivre, et l’on ne plantait jamais de noyer près des habitations ; la même idée existait dans le Maine. Dans le pays de Bray, il fallait le planter sous les yeux du maître, sinon le maître ou l’arbre mourrait dans l’année.
Un rameau de noyer à la Saint-Jean
En Poitou, le 23 juin, avant l’aube, on plaçait un petit rameau de noyer aux portes et aux fenêtres de la maison et de l’étable, pour le bonheur des gens et la prospérité du bétail. Dans les Vosges, ses feuilles cueillies ce jour-là passaient pour protéger du feu du ciel.
Frapper le noyer à Noël
À Ineuil, un village du Berry, on frappait les noyers avec une baguette la nuit de Noël, pour que l’arbre donne beaucoup de noix dans l’année.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le noyer libère dans le sol une substance, la juglone, qui freine la croissance de nombreuses plantes autour de lui, et son feuillage dense laisse passer peu de lumière. Ses racines s’étendent loin. De cette mauvaise entente avec les autres végétaux est sans doute née l’idée qu’il nuisait aussi aux hommes.
Ce que disent les croyances populaires
Corrèze
En Corrèze, on disait que si l’on s’endormait sous un noyer, on se réveillait avec la fièvre quarte.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 53. Voir la page
Deux-Sèvres
Selon un proverbe des Deux-Sèvres, l’ombre du noyer était funeste le jour, mais saine la nuit.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 53. Voir la page
Chantelle (Allier)
À Chantelle, dans l’Allier, celui qui voulait prendre son repas à l’ombre d’un noyer devait briser une petite branche de l’arbre malfaisant ; une fois le noyer « blessé », on pouvait s’asseoir sans crainte de suites fâcheuses.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 53. Voir la page
Lorient et Maine
À Lorient, si les racines d’un noyer venaient jusque sous la maison, personne ne pouvait y vivre, aussi ne plantait-on jamais de noyer près des habitations ; même superstition dans le Maine.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 59. Voir la page
Pays de Bray
Dans le pays de Bray, il fallait planter le noyer sous les yeux du maître, sinon le maître ou l’arbre mourrait dans l’année.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 59. Voir la page
Ineuil (Cher)
À Ineuil (Cher), la nuit de Noël, on frappait les noyers avec une baguette pour qu’il y ait beaucoup de noix dans l’année.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 59. Voir la page
Poitou et Vosges
En Poitou, la veille de la Saint-Jean, un petit rameau de noyer cueilli et placé avant le lever du soleil aux portes et fenêtres des maisons et des étables portait bonheur et faisait prospérer le bétail ; dans les Vosges, les feuilles cueillies ce jour-là protégeaient les maisons du feu du ciel.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 60. Voir la page
Pour réfléchir
De combien d’espace autour de toi as-tu besoin pour te sentir bien, et le fais-tu savoir aux autres ?