Un rond de sorcières dans l’herbe
Un cercle d’herbe plus sombre ou brûlée dans un pré passait pour la trace d’une ronde : celle des fées dans l’Aveyron ou les Ardennes, celle des sorciers en Côte-d’Or. En Berry, on y trouvait au contraire un refuge.
Ce que cela peut signifier
Le même cercle d’herbe faisait peur ici et rassurait là. Dans les Alpes vaudoises, il ne fallait jamais s’asseoir dans ces ronds où les sorcières avaient dansé, et dans la Creuse les voyageurs attardés les évitaient soigneusement. En Berry, à l’opposé, celui qui était poursuivi par une bête ou par le diable pouvait s’y réfugier : le rond des fées était un asile inviolable. Un lieu n’est jamais tout à fait menaçant ou protecteur par lui-même : il le devient selon ce qu’on y a vécu ou entendu raconter. Certains endroits que d’autres évitent peuvent devenir, pour nous, de véritables abris.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un cercle où l’herbe ne pousse plus
Dans l’Aveyron et dans bien d’autres pays, l’herbe, disait-on, ne croissait plus là où les fées avaient dansé, et l’on appelait ces lieux le Bal des fées. Dans les Ardennes, on racontait qu’au Rond de la Dame des fées en ronde avaient un jour demandé l’heure à un paysan levé trop tôt.
Un rond plus vert que le reste
En Berry et en Côte-d’Or, le cercle des fées était d’un beau vert ; en Gascogne, l’herbe poussait plus vite et engraissait mieux les taureaux là où les Blanquettes avaient dansé.
La salle de bal des sorciers
Autour de Semur, les vieillards disaient que les disques d’herbe brûlée en automne marquaient le sabbat, où lutins, sorciers, fées et diables dansaient au clair de lune. Près de Questambert, dans le Morbihan, un rond nu au Pré des sorciers était leur salle de bal.
Ne pas s’y asseoir
Dans les Alpes vaudoises, on recommandait de ne jamais s’asseoir dans ces ronds. En Basse-Bretagne, on ne laissait pas les vaches pâturer autour, et les faucheurs de l’Allier assuraient que l’herbe qui en venait, mêlée au foin, donnerait des poux aux bêtes.
La danse des courlis
Chez les Bas-Bretons, l’herbe brûlée en rond dans le pré marquait aussi l’endroit où les courlis avaient dansé au clair de lune.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Un rond de sorcières est l’œuvre d’un champignon : son réseau souterrain de filaments part d’un point et s’étend chaque année un peu plus en cercle. Sur le front de croissance, il épuise l’eau et les éléments nutritifs, d’où une bande d’herbe sèche, puis en libère d’autres qui font verdir l’herbe à côté. Les champignons sortent sur le pourtour, surtout en automne après la pluie.
Ce que disent les croyances populaires
Aveyron
Dans l’Aveyron et dans un assez grand nombre d’autres pays, l’herbe ne croissait plus là où les fées avaient dansé ; ces lieux s’appelaient le Bal des fées.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 201. Voir la page
Ardennes
Dans les Ardennes, l’herbe ne poussait jamais au Rond de la Dame, où les fées venaient danser au clair de lune ; à un paysan levé trop tôt qui leur disait qu’il était trois heures du matin, elles répondirent qu’à cette heure-là, il ne les aurait pas trouvées.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 202. Voir la page
Environs de Semur (Côte-d’Or)
Aux environs de Semur, les vieillards disaient que les disques où l’herbe, verte au printemps, paraissait brûlée en automne marquaient le sabbat, où lutins, sorciers, fées et diables dansaient au clair de lune.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 202. Voir la page
Alpes vaudoises (Suisse)
Dans les Alpes vaudoises, on recommandait de ne jamais s’asseoir dans les ronds où les sorcières avaient fait leurs rondes.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 204. Voir la page
Basse-Bretagne et Allier
En Basse-Bretagne, on ne laissait pas les vaches pâturer autour de ces ronds ; les faucheurs de l’Allier assuraient que l’herbe qui en provenait, mêlée au foin, engendrerait des poux chez les bêtes qui l’auraient mangée.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 204-205. Voir la page
Berry
En Berry, les ronds formés par les pas des fées étaient regardés comme des asiles inviolables, où l’on pouvait se réfugier quand on était poursuivi par une bête malfaisante ou attaqué par le diable.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 205. Voir la page
Gascogne
En Gascogne, l’herbe croissait plus vite et engraissait mieux les taureaux aux lieux où avaient dansé les Blanquettes.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 205. Voir la page
Basse-Bretagne
En Basse-Bretagne, l’herbe brûlée en rond dans le pré montrait que les courlis y avaient dansé au clair de lune.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 204. Voir la page
Pour réfléchir
Quel endroit, qui en inquiète d’autres, est devenu pour toi un abri ?